dimanche 25 avril 2021

" Uma entrevista com Koffi "

La date de fin de la campagne du financement participatif pour l'édition brésilienne de Légère amertume (une histoire du thé) s'achève à la fin du mois. Mais nul suspens ici, l'objectif a déjà été dépassé de plus de 200% et la publication de Ligeiro Amargor: uma História do Chá par Skript Editora ne fait plus aucun doute. :) * joie*

C'est dans le cadre de cette sortie imminente que l'ami Koffi Roger N'guessan a été interviewé il y a peu par le site web brésilien Afro Nerd et vous retrouverez l'entretien en question dans sa version originale ici.

Que les francophones non-lusophones soient rassurés, nous leur avons concocté une traduction en français juste en dessous. Bonne lecture à tous !



Koffi, comment s'est passé votre premier contact avec la bande dessinée? Avez-vous beaucoup lu dans votre enfance ?

Mon premier contact avec la bande dessinée remonte à mon enfance, depuis l'école primaire. A cette époque, au début des années 80, mon environnement était rempli de bandes dessinées, des petits formats comme Blek, Akim, Zembla, Tex, Rodeo; des bandes dessinées mettant en vedette des super-héros américains tels que Flash, Superman, Spider-Man, Iron Man, Hulk ; le  Journal de Mickey, quelques albums à couverture rigide des Quatre As, Lucky Luke, le magazine africain KOUAKOU, distribué gratuitement aux étudiants chaque année. Il y avait plusieurs magazines et journaux locaux dans lesquels ils avaient des sections consacrées à la bande dessinée.

En plus de la lecture, je passais la plupart du temps à dessiner certains personnages et des scènes de dessins animés.

Pour la plupart des lecteurs brésiliens, la bande dessinée africaine était ou est presque inexistante. Pouvez-vous nous dire comment vous voyez le marché africain de la bande dessinée en quelques mots ?

La bande dessinée africaine existe depuis des décennies, mais souffre d'un réel manque de visibilité sur le marché local et international. On voit ici très peu de bandes dessinées d'auteurs africains sur les étagères des grandes librairies. Mais ces dernières années, nous avons assisté au début d'une floraison des sorties d'albums d'auteurs africains sur le marché international et cela devrait progressivement avoir un impact sur le marché africain. Il y a aussi des festivals sur le continent qui prônent la visibilité de nos productions, comme le festival d'Alger, les Cocobulles en Côte d'Ivoire, le festival Mboa au Cameroun, le festival Bilili BD au Congo Brazzaville, Kalankadi au Mali... les festivals hors du continent qui offrent également une place importante à la bande dessinée africaine, notamment le festival d'Angoulême en France et le salon du livre de Genève en Suisse. Cependant, il reste encore beaucoup à faire pour développer le marché africain de la bande dessinée. Nous sommes sur la bonne voie, en hausse en termes de production et de visibilité. Et le marché brésilien est aussi une réelle opportunité pour nous.

Quand avez-vous réalisé votre premier projet de bande dessinée ? Est-ce que celui-ci a correspondu à vos attentes ?

Ma première bande dessinée, intitulée Mille Mystères d'Afrique et Séductions, est sortie le 30 juillet 2013 en France dans la collection de bandes dessinées L’Harmattan-BD dirigée par Christophe Cassiau Haurie. Mes premier pas en tant qu'auteur dans le monde de la bande dessinée, ça a été pour moi comme ceux de l'homme sur la lune. Au départ, j'avais conçu ce projet pour le publier ici en Côte d'Ivoire, d'autant plus que le sujet traité dans la partie Séductions était d'actualité et enseigné dans nos lycées et collèges. Comme je n'ai pas pu trouver d'éditeur pour mon projet sur place et que je savais encore moins comment fonctionnaient l'auto-édition et la distribution, j'ai profité de l'opportunité que m'offrait Christophe pour donner vie à ce projet. Ce fut un vrai bonheur pour moi, la réalisation d'un rêve que j'avais depuis l'enfance. Je pensais que ce serait très difficile de faire connaître cette première bande dessinée au public de mon pays, mais c'était l'inverse, sur les réseaux sociaux, les lecteurs sont progressivement devenus fidèles à mes productions, à partir de cette première bande dessinée.

Skript Editora a décidé d’éditer l'une de vos œuvres les plus récentes au Brésil: Légère amertume - Une histoire du thé. Qu'est-ce que ça fait d'être publié ici au Brésil ?

Les scénaristes, Djaï & Elanni, et moi avons été agréablement surpris par le choix de Skript Editora pour l'édition brésilienne de notre album Légère amertume - Une histoire du thé. C'est un grand honneur et un plaisir profond de savoir que cette bande dessinée aura de nouveaux lecteurs en dehors de la région francophone.

La consommation de thé en Afrique de l'Ouest, comme ailleurs, je crois, est un moment de partage, de convivialité et d'échange, ce sont les mêmes valeurs que nous aimerions partager avec les lecteurs brésiliens à travers de cet album.

Légère amertume - Une histoire du thé est une bande dessinée intéressante, car on peut y découvrir l'histoire du thé sous un angle différent. Comment s'est passée l'expérience de travailler sur ce travail, à la fois en termes de références et de recherche ?

La qualité de la recherche est avant tout le résultat du travail des deux scénaristes qui ont conçu cette histoire dans les moindres détails. Ils m'ont fourni de nombreuses images et références bibliographiques pour mieux traduire l'histoire en dessin. Ils ont même réussi à s'adapter, à intégrer mon environnement et ma très petite expérience du thé dans le scénario. Je les ai trouvés particulièrement professionnels. Ce fut une expérience nouvelle et très enrichissante de travailler avec eux sur ce projet.

Connaissez-vous des bandes dessinées brésiliennes ? Si oui, lesquelles aimez-vous le plus ?

En général, en Afrique francophone, nous avons l'habitude de lire des super-héros américains, des petits formats, de la BD franco-belge, des Disney et des mangas. Depuis mon contact avec Mordo Rodrigues, j'ai personnellement commencé à découvrir les bandes dessinées brésiliennes sur le site Catarse et Skript Editora. Ma curiosité m’a même mené un peu plus loin au travers de recherches d'images en ligne, et j'ai découvert de belles productions, des beaux-arts, j'espère un jour les lire s'il y a des versions en français.

Le projet d'édition de bandes dessinées africaines au Brésil est une excellente opportunité pour vous de découvrir les œuvres africaines là-bas, et d'autre part, si possible, nous apprendrons à connaître la bande dessinée brésilienne en Afrique francophone également.

Si vous pouviez recommander d'autres œuvres originales du continent africain à publier au Brésil, lesquelles recommanderiez-vous?

L'Afrique regorge d'excellents auteurs avec des bandes dessinées magnifiques et inspirantes, certaines publiées sur le continent africain et d'autres produites en Europe, plus précisément en France. Avec les albums d'auteurs africains de renom tels que Barly Baruti, Albert Tshisuaka, Thembo Kash, Serge Diantantu, Bathy Asimba, Benjamin Kouadio, Marguerite Abouet, Didier kassai, Simon Pierre Mbumbo ... je recommanderais sans hésiter les albums de la collection L’Harmattan BD. C'est une collection qui regorge d'auteurs africains de différents pays, chacun avec son propre style, ses sensibilités et ses histoires. En quelque sorte, c'est un excellent et important vivier de la bande dessinée africaine en termes de représentativité. Jusqu'ici avec 39 albums, je peux citer par exemple le récent "Les Dogues Noirs de l’Empire" de Massiré Tounkara, les albums sur les aventures de "Alphonse Madiba dit Daudet" d'Al'Mata avec le scénario d'Edimo Christophe, Laff Lafricain de Gunther Moss et, bien sûr, tous les autres qui sont tout aussi beaux que ceux que j'ai mentionnés.

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