dimanche 18 septembre 2016

Providence, tome 1 "La peur qui rôde"

Si vous suivez un peu les quelques posts que nous mettons sur les références qui nous ont inspirées dans l’écriture de la Case Blanche, vous vous souvenez peut-être que nous avions adoré l'introduction du Néonomicon, bande dessinée d’Alan Moore et de Jacen Burrows adaptant l'univers d’ Howard Philip Lovecraft à notre époque moderne... et aussi que nous avions été moins séduits par la suite du récit.
Or, il semble que Moore n’en a pas fini (du tout) avec le Mythe de Cthulhu car voici que viennent de sortir les tomes 1 et 2 de « Providence », nouvelle tentative du maître de Northampton pour s’approprier l’œuvre de Lovecraft.

Ce premier tome regroupe les 4 premiers épisodes de la série et est de même facture que le Néonomicon : même dessinateur, même format, même découpage en grandes cases horizontales ou verticales. On y suit les aventures d’un journaliste aux velléités de romancier dans la Nouvelle Angleterre du début du XXème siècle. Les parties dessinées sont régulièrement entrecoupées des notes prises par le héros dans son « journal à idées » et celles-ci, bien que retraduisant par écrit ce que le lecteur vient de lire dans les cases précédentes, sont loin de faire doublon avec les planches dessinées : c’est un éclairage autre sur le héros, plus personnel, et qui vient faire écho au style Lovecraftien où les romans sont racontés la plupart du temps à la première personne du singulier.
Pourtant la comparaison peut (presque) s’arrêter là, le personnage de Robert Black créé par Alan Moore est bien plus complexe et décrit de façon bien plus intime que ceux de Lovecraft : le sexe (honnis par ce dernier) est par exemple bien présent d’une façon ou d’une autre tout au long de ces 4 premiers épisodes. De la même façon, les personnages secondaires s’avèrent étrangement accueillants, (tout en conservant leur côté très malsain), contrairement à ceux de Lovecraft dont l’hostilité venait faire écho à sa peur de l’autre et de l’inconnu.
  
Si on peut regretter une mise en couleurs de Juan Rodriguez qui n’est pas toujours au rendez-vous de l’ambiance, le style franchement lisse de Jacen Burrows, presque trop évident à force de netteté, est parfaitement en accord avec la candeur du personnage, apportant un côté malsain, indéniable et palpable tout au long de ces pages. Bref, le lecteur se retrouve happé par l’histoire, ponctuées de références multiples, majoritairement à l’œuvre de Lovecraft, mais aussi à celle d’Alan Moore et à toute un pan de la culture mystique de l’humanité.

L’ensemble de ce premier tome a certes un côté catalogue du Mythe de Cthulhu, on passe d’un grand morceau de celui-ci à l’autre à chaque nouveau chapitre. Le lecteur connaissant peu ou pas l’œuvre de Lovecraft en sortira initié. Celui plus adepte du Mythe se sentira tout de suite en terrain connu, guettant les signes de folie, les ombres trompeuses. Mais déjà le texte redondant se transforme peu à peu, le doute s'installe dans les références et les évidences...Bref on attend la suite, haletant.

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