mardi 30 octobre 2012

Manchette

 
Il faudrait passer des heures à remercier Tardi pour son acharnement, bienvenu, à adapter l’œuvre de Jean-Patrick Manchette en bande dessinée. Car Manchette semble disparaître, de la même manière qu’un Léo Malet ou même qu’un San Antonio, on le croise peu.
Les rééditions disparaissent des rayons, on les résume à des adaptations filmées (Delon pour Manchette) ou télévisuelles (doit-on encore parler de Guy Marchand?) le propos se dilue dans le coton bien pensant des dictionnaires des auteurs « populaires de genre ». 






Pourtant, pour nous, Manchette fut une source majeure d’inspiration. Au-delà de son engagement politique ou du costume de l’écrivain qui renouvelle le polar dans les années 70, c’est son approche même du genre qui nous a fascinés.
Des personnages du commun (souvent amateurs de jazz, ce qui ne gâche rien) aux actions claires, un style net, précis, tatillon (il suffit de lire ses remarques sur l’emploi du bon calibre d’arme dans les romans policiers pour se convaincre de son obsession du détail), un contexte politique fort, un pessimisme chevillé au corps, des histoires qui vont à l’essentiel  et puis surtout l’absence quasi-totale de psychologie des personnages.
Aucune justification, explication consciente (encore moins inconsciente) de leurs actes, ici agir c’est vivre. Il renoue avec Dashiell Hammett ou Ross Macdonald, avec la fine fleur du hard boiled américain, avec un portrait social et humain loin de toutes concessions.






Là où cela fut décisif à nos yeux que de construire Giuseppe dans le même moule, c’est que ce schéma littéraire est vierge de cet excès d’humour fun, décontracté, à la "cool" que l’on trouve de plus en plus dans les productions cinématographiques actuelles, et tout aussi vierge de considérations morales.

La rectitude efficiente de Manchette, nous nous l’imposâmes tout au long de l’écriture du projet, ce fut le fil rouge, un carcan stimulant dont nous espérons avoir su tirer les éléments les meilleurs.

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